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  • Club thérapeutique de Saumery

INTER-CLUB / T.R.U.C.

Le sourire...

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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 18:18

 

 

Chasseur de sourires

 


INTERIEUR NUIT. CHAMBRE NOIRE

 

Mains masculines disposant des photographies dans un bac rempli de liquide.

Des figures apparaissent.

Chacunes d'entre elles expriment un sourire.

 

EXTERIEUR NUIT. RUE

 

Un homme se promène.

Il est muni d'un appareil photo.

 

SOUS-TITRES

 

Mon travail, c'est les autres. Ce sont leurs sourires, avec tout ce qu'ils comportent de beau, d'énigmatique, de mystérieux. Un jour, une jeune femme m'a dit: « Peu m'importe finalement, si je parait bête à m'en couvrir de ridicule. je veux avoir avant tout, le sentiment d'être vivante ».

Chaque sourire est unique. Il révèle souvent quelque chose de notre vie intime, au-delà même des préjugés de la société au sein de laquelle nous vivons. Le sourire peut exprimer un espoir de changement. C'est un des mouvements les plus éloquents de l'âme. A vous d'en juger.

 


 

 

De fil en aiguille

 

La chute des corps

 

La sagesse du papillon

 


 


 

 

De fil en aiguille

 

 

Courte et humble petite nouvelle écrite façon «scénario»

 

INTERIEUR JOUR. APPARTEMENT. SALON

 

Une jeune femme ronde, un canevas à la main.

Un cendrier rempli de mégots. Une cigarette s'y consume.

 

VOIX OFF

 

Je m'appelle Sophie. Je viens d'un petit village près de Dijon. Vous savez, la ville ou on fabrique la célèbre moutarde. J'ai jamais aimé le piquant.

Mon père travaillait dans une usine de pneumatique qui a coulé vingt ans après son premier contrat d'embauche. Ça l'a rendu fou. Il ne supportait pas de me voir coudre et broder à longueur de temps, alors que lui, pauvre vieux, il ne savait manier que le caoutchouc. Pourtant je l'aimais le vieux bougre, même quand il gueulait.

Ma mère s'est toujours efforcée de veiller sur nous, mon frère et moi, ses «vilains petits fouineurs» comme elle disait souvent. C'était pas ma faute. Il me fallait du fil et des aiguilles et ils étaient rangés dans les tiroirs du buffet près de l'escalier. Le soir, quand on allait se coucher, Romain et moi, je pouvais pas m'empêcher d'y jeter un coup d' œil, dans ce placard. Plus tard dans la soirée je brodais un rêve ou deux, selon l'inspiration.

 

EXTERIEUR JOUR. RUE

 

Un petit chat gris s'amuse avec une pelote de laine rouge.

 

 

INTERIEUR JOUR. LOCAL

 

Silence et concentration.

Une dizaine de quinquagénaires féministes vaquent à leurs occupations. Elles tricotent, filent et cousent sans le moindre bruit.

Une d'entre elles prend la parole et commente son ouvrage, son loisir.

 

 

Je m'appelle Nicole. Je vis à Toulouse dans la Haute-Garonne. Je suis mariée et j'ai des enfants. Je suis membre de l'association des Fileuses Féministes de Toulouse. Je suis à la retraite depuis peu et j'en profite pour me divertir et réagir au sein d'un mouvement de création et de protestation. Je revendique l'égalité des sexes, la parité sociale et surtout le droit de coudre sans qu'il soit marqué «boniche» sur le front de nous autres citoyennes. Voilà.

En ce moment je brode un paysage exotique qui me fait prendre l'air. Michel mon mari m'épuise. Il me tape sur les nerfs. Avec son linge et sa vaisselle, il va me rendre chèvre. Non ça je plaisante, c'était pour de rire. Michel c'est un amour. C'était juste pour le cliché. (petit sourire énigmatique)

 

 

INTERIEUR JOUR. APPARTEMENT. SALON

 

Sophie. Son canevas à la main.

 

VOIX OFF

 

Je hais les clichés.

Tout le monde chez moi me voyait aux fourneaux. Je déteste faire la cuisine.

Alors pour leur expliquer que mon truc à moi c'était plutôt les aiguilles, il a fallu que je montre ouvertement ma passion. Je ne faisais que coudre, à longueur de temps. Ils ont finit par accepter ce qui n' était pour eux qu'un frivole passe-temps. Je me suis retrouvée du jour au lendemain locataire de ce minable appartement, propriétaire d'un chat qui s'échine à défaire mes ouvrages de première qualité, fumeuse de gauloises invétérée et heureuse destinataire de dettes que mes petites commandes souvent illégitimes ne suffisent pas à payer.

Mais loin de moi toute espèce de compassion déplacée! Je suis malgré tout une femme indépendante. Le seul problème c'est qu'a force de croire sans cesse en de jolies chimères cousues de fils d'or, sans aucune aide financière de nul part, on finit par se casser le nez dans le mur terreux de la réalité. Or ne dit t-on pas aussi que l'argent n'a pas d'odeur?

 

 

EXTERIEUR JOUR. RUE.

 

Le petit chat gris continue de dérouler la pelote. Maintenant, cette dernière s'étale sur un large périmètre du trottoir.

 

SOUS-TITRAGE

 

Mais quel était donc cet Icare qui s'était détruit les ailes pour les avoir cru un instant éternelles?

Était-ce un idiot, un ambitieux?

Un aveugle, un alchimiste?

Non, seulement un rêveur répondit le vieillard. Un vagabond que son propre songe a brulé.

 

 

INTERIEUR JOUR. LOCAL.

 

Le groupe de femme poursuit ses occupations.

Nicole prend la parole.

 

Moi j'ai jamais eu de grand rêves. Des rêves du genre partir au Nicaragua avec un acteur de cinéma: c'est pas pour moi. En fait, je crois que j'ai toujours voulu construire une famille, avoir des enfants, un travail, des loisirs. Un «rêve minimal» que beaucoup de gens ont. Pourtant, on a beau dire, des rêves de ce genre, c'est pas toujours si simple à réaliser. Déjà il faut dégotter l'homme de sa vie, ce qui n' est pas toujours drôle. Ensuite faut trouver un travail. Trouver une crèche pour les enfants venus sans doute un peu trop tôt. Et puis après c'est toujours pareil, les fiches de paye en retard, les impôts en avance...Les enfants qui grandissent, tantôt angelots de Raphaël, tantôt diablotins de Hieronymus Bosch. Parfois aussi on reçoit la lettre d'un notaire nous signalant l'héritage d'une petite propriété en Bretagne; soit dit en passant, Toulouse-Rennes pour vingt mètres carré, c'est quand même compliqué...

Le quotidien n'est-il pas à lui seul la plus surprenante des aventures humaines? (petit sourire énigmatique)

 

 

EXTERIEUR JOUR. RUE

 

le petit chat déroule son interminable pelote de laine.

Un bruit suspect l'alerte.

Il se dirige vers le caniveau situé sur le rebord du trottoir.

Il y plonge ses griffes.

 

SOUS-TITRAGE

 

Le lion, fatigué de s'agripper en vain aux écailles bleues du poisson du Niger, s'en retourna bientôt dans sa tanière.

 

INTERIEUR NUIT. APPARTEMENT. KITCHINETTE

 

Un micro-onde tourne.

Il sonne.

Sophie l'ouvre. Elle dispose un plat sur une table: des spaghetti au beurre.

Elle mange.

A coté d'elle, un petit chat gris miaule. Elle sourit.

Dans un bol, elle lui donne des spaghetti.

 

 


 

 La chute des corps

 

 

 

INTERIEUR JOUR. SALLE DE BAIN. BAIGNOIRE

 

Une jeune femme.

Image d'un sexe féminin.

 

SOUS-TITRAGE

 

Couleur, odeur de sexe.

Mon image.

Un squelette.

Virage inabordable.

Chute.

 

INTERIEUR JOUR. CHAMBRE.

 

Une jeune femme s'habille.

Elle enfile un jean et un pulloveur.

Gestes lents, précis.

 

INTERIEUR JOUR. CHAMBRE.

 

Cheveux longs, défaits. Rousseur exubérante.

Main de jeune femme qui dessine frénétiquement un passage dans le vide.

 

INTERIEUR JOUR. CHAMBRE.

 

Miroir dans lequel la jeune femme contemple son visage.

 

SOUS-TITRAGE

 

Bouche, gerçure.

Fissure dans le creux du visage.

Morsure.

 

INTERIEUR JOUR. MUSEE.

 

Une foule de touristes affairés s'achemine vers le portrait de la Joconde.

Les flashs, comme d'ordinaire, envahissent l'environnement sonore et visuel de la salle.

 

VOIX OFF


Je m'appelle Virginie. Je fais pas grand chose de ma vie. Je tourne autour de mon nombril comme le chat autour de sa queue sans jamais en tirer grand chose. Mes parents auraient mieux fait de m'appeler Narcisse, j'aurais su à quoi m'en tenir.

Cela dit, la désinvolture apparente avec laquelle j'esquisse ce tableau fragmentaire de ma personnalité ne doit pas tromper. Je me sens réellement mal dans ce paysage social désertique.

Ce n'est pas que les relations humaines me désintéressent. A vrai dire elles me font peur.

C'est complètement débile je sais. Seulement, j'ai l'impression d'en être un peu écartée.

 

INTERIEUR JOUR. MUSEE.

 

Tableau de la Joconde.

 

VOIX OFF

 

Elle, tout le monde la connait. Plus besoin de la présenter.

La jolie dame au sourire énigmatique.

La pauvre femme mise en boite, en puzzle et en porte-clé pour touristes en mal d'eux-mêmes.

Un sourire ou un sexe féminin à l'envers?

 

INTERIEUR NUIT. SALLE DE BAIN. DOUCHE

 

VOIX OFF

 

Pour certains je suis un poisson. Mais pas un poisson d'eau douce, non. Plutôt un poisson des marécages. On dirait que j'adore plonger dans la merde. Quand je pense que je me suis fait bêtement attraper dans les mailles du filet. Ça me dégoute. C'est vraiment répugnant.

Une intrigue unique à rebondissements multiples. Un séducteur qui se croit tout permis, même de jouer avec les sentiments de ses proches...ou moins proches. L'autre s'appelle Moi, une névrosée même pas fichue de se rendre compte que ce qu'il y a d'intéressant dans le rêve, c'est sa mobilité.

Il n' y a plus de doute, Mme Bovary, c'est terminé.

Le poisson est surgelé.

 

INTERIEUR NUIT. MILONGA.

 

Virginie est assise sur une chaise.

Au centre d'une vaste pièce, sur une piste, quelques danseurs de Tango s'exécutent. 

Virginie est maquillée. Ses cheveux sont noués en chignon.

Elle porte des talons pas très hauts, une robe noire, simple, que ceint un morceau de tissu couleur bleu de pers.

Elle regarde, semble attendre, passivement.

Du bout des ongles, elle tapote en rythme le dossier de la chaise voisine.

Brusquement elle se lève et quitte la pièce.

 

INTERIEUR NUIT. APPARTEMENT. SALON ETROIT.

 

Virginie enlève ses talons.

Elle se met à danser.

Elle met de la musique.

Elle continue de danser.

 

Un Tango,

En solo.

 

SOUS-TITRAGE

 

Mirar la chica que soy yo

Los ojos grandes del amante

La vision del papa gigante

El camin dificil que no prenderemos nos dos.

Progressivement la jeune femme enlève ses vêtements.

Elle sort de chez elle en toute hâte.

Elle court.

Vite, toujours plus vite, elle s'élance dans la ville, nue.

Les réverbères éclairent sa peau.

Ses cheveux roux sont défaits. C'est comme une explosion de vie dans la cité morte.

Quelques passants la regardent, l'air stupéfait.

Elle ne les perçoit même pas.

Aveugle, elle poursuit sa route.

Elle ferme les yeux et, tremblante, s'arrête soudain en plein carrefour.

Des voitures la klaxonnent.

Seule au milieu du rond-point, elle semble à peine prendre conscience de l'embarras de la situation.

Affolée, elle regarde tout autour d'elle. Mais c'est comme ne rien voir. Pour elle, tout a disparu.

De là, elle se jette à travers les voitures.

Leurs phares l'éblouissent.

De nouveau, elle ferme les yeux.

Esquissant un léger sourire, elle croit sentir des bras qui l'emportent.

Plusieurs conducteurs ayant abandonné leurs véhicules soulèvent son corps.

Ils l'emmènent plus loin, là ou elle ne pourra pas gêner.

 

INTERIEUR JOUR. APPARTEMENT. CANAPE.

 

Virginie dort.

Nue, les draps ne la couvrent pas.

 



 

 La sagesse du papillon

   

 

INTERIEUR JOUR. CHAMBRE

 

Doucement, une femme d'une quarantaine d'année se réveille.

Elle est maquillée.

Il semble qu'elle n'a pas eu le temps de se dévêtir la veille.

Elle porte une robe noire, simple.

 

INTERIEUR JOUR. ESCALIER EN COLIMACON

 

Apparemment en retard, elle descend un escalier.

Avec ses talons, elle manque de tomber.

 

INTERIEUR JOUR. VOITURE

 

Les traits de son visage sont légèrement tirés.

Sa conduite est rapide.

 

INTERIEUR JOUR. BUREAU

 

Elle entre dans un bureau.

Le souffle lui manque.

Elle accroche son manteau noir à un porte-manteau.

Elle se met à pianoter sur le clavier de son ordinateur.

 

SOUS-TITRAGE

 

Ma vie commence ici, avec ce téléphone, ces papiers et cet ordinateur. Je m'appelle Amparo et j'aide les gens à trouver du travail. Enfin, pour être plus exacte je suis secrétaire. Je suis le messager des bonnes et des mauvaises nouvelles. Mon métier n'est pas toujours drôle. Je ne ferai pas de ces mots le journal de ma vie. Simplement, j'ose espérer que certains daignent s'intéresser un peu à l'existence d'une petite femme brune, dont les grands-parents fuirent jadis le régime franquiste. Je n'appartiens à la volonté de personne. Je n'ai pas de terre de prédilection.

 

INTERIEUR NUIT. SALLE DE DANSE

 

Accompagnée d'autres musiciens, Amparo joue du piano.

Derrière eux, des danseurs s'exécutent.

Ils dansent un tango.

 

SOUS-TITRES

 

J'ai fais de ma passion pour le piano mon second métier. Je joue pour des groupes de danseurs. Je travaille tard le soir. Cinq fois par semaine. C'est fatiguant mais c'est aussi épanouissant. Ma vie est double. J'aime cette dualité.

 

 

 

Elle s'arrête de jouer.

La danse est terminée.

Tout le monde s'en va.

Seuls restent Amparo ainsi qu'un danseur d'une trentaine d'années. 

Elle s'apprête à partir.

Il s'approche de la musicienne, tente de l'embrasser.

L'insoumise résiste.

Il devient brutal.

Prise de rage, elle parvient à arrêter l'inconnu.

 

EXTERIEUR NUIT. RUE

 

Amparo marche vite.

Elle fume une cigarette.

 

SOUS-TITRES

 

En ce moment je fais un rêve horrible. Je rêve que l'on me viole. Je fais ce cauchemar que des milliers d'autres femmes ont déjà fait avant moi. De nos jours, la violence commise envers elle est devenue presque aussi commune qu'un vieux cliché. C'est révoltant. Je ne veux pas dire que les hommes sont tous des bêtes sauvages, loin de là. Mais de nombreuses femmes sont battues ou agréssées. C'est une réalité.

 

INTERIEUR NUIT. GARE

 

Amparo porte une valise.

Elle composte un billet.

 

SOUS-TITRES

 

Me voici au terminus de mes pensées. Non, je plaisante. Me taire ça jamais.

J'ai juste décidé de partir un peu seule.

 

INTERIEUR NUIT. TRAIN

 

Amparo s'assoit dans un fauteuil.

Elle s'endort.

Pour un moment, sa vie ne connaitra plus le rythme du tango.

 

INTERIEUR JOUR. TRAIN

 

Derrière la fenêtre, un paysage à peine éclos.

Elle dort toujours.

 

INTERIEUR JOUR. GARE

 

Amparo descend du train, sa valise à la main.

Les panneaux d'indication sont écris en espagnol.

Nous sommes à Madrid.

Elle se dirige vers la sortie.

 

 

INTERIEUR JOUR. CUISINE

 

Dans un cendrier, une cigarette se consume.

Amparo écrit.

 

SOUS-TITRES

 

Bien que je n'adhère pas totalement au scepticisme, il m'arrive parfois d'écrire sur le monde.

Je me retire alors dans ce petit appartement et je travaille pendant des heures. Je ne mange ni ne bois. J'écris sur ma feuille ce que je crie dans ma tête. Libre.

Cette fois-ci, j'irai plus loin.

 

Et, d'une façon presque imperceptible, elle sourit.

 

 

 

            Caroline T.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Caroline T. - dans Espace Création
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commentaires

Nico 08/05/2010 19:55


bravo! c'est beau